Les définitions foisonnent, fusent, qu’elles soient superficielles
ou sophistiquées, limitatives ou «expansionnistes » ou même
simplistes, voire péjoratives.
Jusqu’à il y a 15 ans encore l’escrime de spectacle était
un art de combat très précis, destiné à présenter
l’escrime sur scène à un large public, souvent de connaisseurs.
Existant depuis que des combats sont mis en scène, elle répondait
à des règles d’escrime et à des critères de
mise en scène. Le comédien était bien formé et créait
sur scène l’illusion des véritables combats mais en toute
sécurité pour lui et son partenaire. En Allemagne du 15e siècle
on appelait « leichmeister » des escrimeurs qui se battaient en
spectacle.
Parallèlement, co-existait l’escrime ancienne, qui décrivait
les tentatives de certains maîtres d’armes de préserver les
techniques du combat des 17e, 18e et 19e siècles. L’influence entre
ces deux arts de combat était mutuelle.
Le cinéma influença et modifia beaucoup la vision des spectateurs
: sa façon de regarder un combat a changé, mais la technique d’escrime
a su s’adapter. Il fallu aussi créer une nouvelle technique de
combat correspondant aux besoins de la caméra.
Soudain, le terme d’escrime de spectacle ne suffisait plus à décrire
et circonscrire cet art. Cela poussa un maître d’armes bien connu
à rendre populaire l’expression escrime artistique dans le souci
d’en faire un art plus accessible, mieux connu du large public.
Malheureusement, la définition de cette escrime artistique est restée
d’un flou artistique et il en résulte que cet art est devenu un
« Melting pot » galvaudé, composé de tout et de n’importe
quoi : amateurs et professionnels, techniques de travail des cascadeurs devant
la caméra, « reconstitutions » des combats médiévaux
et les combats de mousquetaires, et j’en passe.
Aujourd’hui, dès qu’un quidam tient une arme blanche dans
la main et fait trois mouvements, on parle d’escrime artistique.
L’escrime, qu’elle soit dite artistique ou de spectacle ou assimilée,
n’a pas pour but de tuer son adversaire, comme c’était le
cas dans le duel, ou de marquer des touches, comme c’est le cas en escrime
sportive.
Cette escrime n’en constitue pas moins une réalité de par
le nombre et la diversité de ses adeptes, quels qu’ils soient,
de par l’intérêt suscité par le cinéma et le
théâtre. Mais aussi, et surtout, parce que cette escrime est un
art au sens propre du terme : « ensemble des connaissances théoriques
et pratiques et de leurs applications propres à une activité,
à un métier, à une technique. »
Un maître d’armes d’escrime sportive, sans formation ni expérience
artistique (direction de comédiens, mise en scène, chorégraphie,
etc. pour le théâtre ou le cinéma) ne produit pas d’escrime
artistique ou de spectacle ou assimilée, mais un soit disant «
spectacle » d’escrime sans aucune notion des règles de mise
en scène et de mise en espace les plus élémentaires.
Or, le spectacle c’est l’ensemble des activités concernant
la conception et la représentation artistique.
D’aucuns décrient le manque de « réalisme »
de l’escrime artistique ou de spectacle ou assimilée. De quel réalisme
est-il question? Des superbes actions d’escrime que l’on voit de
plus en plus rarement sur la piste, puisque le but est seulement de comptabiliser
les touches ? Si tel est le cas, ces superbes actions d’escrime, appréciées
des seuls connaisseurs d’escrime d’ailleurs, dépendent des
capacités du maître d’armes et ses comédiens.
Mais en matière de spectacle, le metteur en scène est seul maître
à bord et sa décision dépendra de son approche de l’art
qui peut être naturaliste, romantique, impressionniste, réaliste,
ou contemporaine. Le combat est au service du spectacle, du texte et du comédien
et non pas le contraire.
L’opinion fort répandue qui veut que dès lors qu’il
y a combat, il y a action et forcément spectacle, est omniprésente.
Mais un autre maître d’armes bien connu de l’escrime de spectacle
a dit un jour: « Le meilleur moment dans l’escrime c’est quand
il n’y a pas d’escrime. » Il faisait allusion à des
notions comme le rythme, la tension ou « le point suspendu de l’action
».
Je pense qu’aujourd’hui il est temps d’essayer de sauver
cet art du combat qu’on appelait autrefois escrime de spectacle et qui
se meurt dans la superficialité de notre époque.
Et pour apporter ma modeste contribution à ce sauvetage, je propose
un nouveau nom à cette escrime, afin de mieux intégrer ce nouveau
média qu’est le cinéma :
ESCRIME SCENIQUE.
Définition :
L’escrime scénique est un art du combat exécuté
devant un public ou une caméra répondant à des règles
précises d’escrime, de mise en scène et de sécurité.
L’escrime scénique c’est :
- un système de combat moderne, élémentaire, intemporel
et évolutif
- des règles de sécurité qui protègent combattants
et spectateurs, différentes selon que les actions se situent sur scène
ou devant la caméra
- une dépendance forte de l’espace théâtral et de
la mise en scène
- des armes adaptées
michael.m.hewer@jeuxdepees.fr
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