L’épée dite médiévale
Publié le 20.11.2024
L'épée médiévale est l'arme des chevaliers, autour de laquelle s'est construite une grande mythologie. Popularisées surtout par les chansons de héros et les légendes chevaleresques, certaines d'entre elles portaient des noms encore connus aujourd'hui, comme l'épée du roi Arthur, Excalibur, ou la Durandal de Roland. On pourrait également citer la Balmung de Siegfried, le tueur de dragons, ou la Joyeuse de Charlemagne.
Quelles sont les caractéristiques d'une épée ? Il existe de nombreuses variantes. On peut les classer en deux groupes : Les épées pour frapper (épées de taille) et les épées pour piquer (épées d'estoc). A partir du XVIIe siècle, les épées de taille ont peu à peu été supplantées par les épées d'estoc.
Une épée se compose généralement de quatre parties : la lame, le quillon ou la garde, la poignée ou fusée et le pommeau. La lame possède deux tranchants plus ou moins parallèles. On parle de tranchant long (vrai tranchant), qui est tourné vers l'avant au-dessus des doigts de la main, et de tranchant court (faux tranchant), qui nous fait face. La lame est ensuite divisée en plusieurs parties. Pour simplifier, nous parlerons uniquement du faible (de la
pointe au milieu de la lame) et du fort (du milieu de la lame à la garde) de la lame. La lame peut être pointue, avoir une pointe large ou être arrondie à son extrémité. Elle peut présenter des rainures, également appelées "gouttières", qui servent à alléger la lame et à augmenter sa stabilité.
Au Ve siècle avant J.-C., l'épée en fer apparaît chez les Celtes, probablement inspirée par les épées en bronze. Nous parlons ici des lames d’un acier doux avec une teneur 0.2 à 0,4% de carbone. Il s'agissait d'une arme légère, ne pesant que 800 g et très fragile, destinée au combat individuel. L'arme avait une lame plate à deux tranchants parallèles, mesurant entre 80 et 95 cm de long et 4 à 6 cm de large. La lame avait une section ovale sans gouttière et ne dépassait pas 5 mm d'épaisseur en son centre. La pointe était généralement large ou arrondie. Elle n'avait pas encore de quillon ni de pommeau.

A la même époque, les Romains ont développé une épée d'estoc pour le combat en formation, le glaive. Elle était plus courte que l'épée celte, mais beaucoup plus lourde en raison de son centre plus épais. Les Romains était les premiers à produire les épées industriellement, car tous leurs légionnaires en était équipé par l’état.
L'épée a longtemps été un objet de prestige, car sa fabrication était très coûteuse. Pendant plus de 1500 ans, la lance a été l'arme la plus utilisée. Des centres de forge ont été créés dans toute l'Europe. À partir du VIIIe siècle après J.-C., les forgerons de Solingen jouissaient d'une très bonne réputation en Allemagne. Ils exportaient leurs lames jusqu'en Norvège, où les Vikings en équipaient leurs épées pour piller et dévaster les villes.
Comme expliqué, les épées n'ont pas pu être utilisées pour les parades pendant une longue période, c'est pourquoi l'épée à une main était toujours utilisée en combinaison avec un bouclier. La longueur de la lame variait selon les époques entre 75 et 90 cm, parfois même 100 cm. La poignée mesurait entre 8 et 10 cm. J'ai constaté que les épées de spectacle disponibles sur le marché ont généralement une poignée de 12 à 14 cm, ce qui nous semble bien, car nous avons l'habitude de travailler avec des gants. Cependant, si nous regardons des représentations de combattants des 10e et 13e siècles, nous constatons qu'ils ne portent que rarement des gants.
Le pommeau, qui semble au départ avoir une fonction plutôt décorative, devient indispensable pour équilibrer le poids de la lame.
Selon Ewart Oakeshott dans ses "Records of the Medieval Sword[1]", l'épée bâtarde est apparue vers la fin du XIIIe ou au début du XIVe siècle. La lame n'était généralement pas plus longue que les lames des épées à une main, mais la poignée dépassait 14 cm. L'idée était probablement de disposer d'une arme polyvalente pouvant être maniée d'une seule main ou à deux. À deux mains sans bouclier, cela signifie que la lame était suffisamment solide pour entrer en contact avec une lame adverse. L'épée bâtarde à une main et demie peut également être associée au combat en armure. Comme l'armure absorbe tous les coups de la lame, le combattant adopte la position dite de demi-épée, qui lui permet de se battre au corps à corps.

L'épée à deux mains (espadon), également appelée "épée des lansquenets", n'est apparue sur les champs de bataille que très tardivement. La longueur de la lame était généralement supérieure à 1,50 m et son poids compris entre 2 et 2,5 kg. Elle était utilisée pour combattre les lignes de piques ou pour protéger les coins des carrés d'arquebuses. Mais c'était aussi une arme appréciée des gardes du corps, qui pouvaient s'en servir pour se défendre contre un groupe d'assaillants et bloquer complètement le passage dans une ruelle, par exemple. C'est une arme spectaculaire, mais qui nécessite une certaine force physique pour pouvoir la manier avec aisance.
Il existait une forme plus légère de l'épée longue, appelée « Federschwert (épée plume) », qui était utilisée exclusivement pour l'enseignement de l'escrime, notamment dans les salles d'armes. La longueur totale de l’épée dépassait rarement 130 cm, mais elle était dotée d'une poignée allongée. La lame était composée d'une partie souvent carrée appelée « Schild (bouclier) » et d'une fine lame de 1 à 1,5 cm de large avec des tranchants parallèles non affûtés et une pointe aplatie, arrondie ou recourbée en forme de bouton.

Comment tenir l’épée ?
L'épée à une main
Lorsque l'épée est bien ajustée, la main se trouve fixée entre la garde et le pommeau. Malheureusement, la plupart des répliques qui peuvent être utilisées pour l'escrime de spectacle ont des poignées trop longues. Il existe néanmoins trois façons de tenir l'épée.
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La prise du marteau L'arme est tenue avec la main principale aussi près que possible de la garde, le pouce et l'index formant un anneau autour de la crosse. Les autres doigts entourent fermement la poignée. Le fait de bloquer le poignet donne plus de stabilité lorsque l'épée est lourde. La lame et le bras forment un angle d'environ 130°. Le coude et l'épaule sont davantage impliqués dans le mouvement du bras. L'avantage est un meilleur contrôle du coup et un arrêt plus facile de la frappe. |
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La prise de combat La main principale se trouve toujours à proximité de la garde, la poignée est saisie par le quatrième et le cinquième doigt de la main. La garde se trouve entre l'index et le pouce. Grâce à cette position de la main, la mobilité du poignet est plus grande, mais il est également plus difficile de stopper le coup.
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La prise pour estoquer Sur Internet, on trouve sur YouTube toute une série de vidéos qui montrent comment réaliser un coup d'estoc avec une épée viking ou médiévale. La plupart des "spécialistes" recommandent de saisir l'épée par le pommeau. Outre le fait que cela oblige à modifier complètement la prise, on se retrouve dans une situation où l'on a du mal à tenir l'arme. Certes, en saisissant le pommeau, on parvient à pousser la lame vers l'avant, mais le simple fait de changer la position de la main sur la poignée de l'épée n'est pas facile, et un simple coup de bouclier peut faire glisser l'épée hors de la main. |
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| Si l'on veut vraiment utiliser l'arme pour porter un estoc, il est plus facile de placer l'index par-dessus la garde. La lame est alors alignée avec l'avant-bras et le maniement de l'épée reste bon. On risque certes de se faire couper le doigt, mais le risque est minime, car on ne cherche pas le contact avec la lame de l'adversaire. Il y a plusieurs raisons qui me font penser que cette méthode a été utilisée. Premièrement, il existe des dessins et même des gravures qui montrent clairement que l'index passe par-dessus la garde, et deuxièmement, il y a des épées qui sont munies d'un anneau pour protéger l'index qui dépasse. | ![]() |
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L’épée bâtarde ou à une main et demie La caractéristique de cette épée est que la poignée est 3 à 5 cm plus longue que celle d'une épée à une main. Les prises pour la main dominante sont les mêmes qu’à l’épée à une main. La deuxième main repose partiellement sur la poignée et le pommeau pendant l'utilisation. Le pommeau est généralement de forme allongée, p.ex. en forme de poire. |
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La prise de demi-épée (Halbschwert) A partir du 13e siècle nous avons une formidable évolution dans les protections corporelles des combattants. L'armure devient plus en plus efficace et confortable et protège entièrement le chevalier des coups de taille. Ça coïncide avec l'apparition de l'épée à une main et demie et une nouvelle technique de combat, la prise de demi-épée, qui permet le combat rapproché. La main principale tient l'épée comme d'habitude sur le pommeau près de la garde, la main libre se pose sur la lame près de milieu soit en pronation, les pouces des deux mains en opposition, ou en supination. Cette prise permet d’entrer dans une distance rapprochée pour essayer de percer l'armure, d'attaquer une des faiblesses ou d’employer une clé de bras ou de jambe pour jeter l'adversaire par terre. |
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L'épée à 2 mains ou espadon
À cause de son poids et sa longueur, la main droite est posée en règle générale en prise de marteau près de la garde. La main gauche bouge librement sur le reste la poignée incluant le pommeau selon les nécessités de l'action.
L'épée plume (Federschwert)
Dans le cas de l'épée plume, nous retrouvons pour la main principale toutes les prises que nous avons déjà vues. Comme pour l'épée longue, la main libre a une mobilité complète sur le reste de la poignée, y compris le pommeau. Pour réaliser un moulinet (un grand coup circulaire vertical), les deux mains sont réunies. Afin de pouvoir travailler avec encore plus de précision, la main libre se déplace vers le bas jusqu'au pommeau. La lame est alors manipulée par l'action combinée des deux mains.
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La prise de Feder Nous pouvons ajouter une quatrième prise, la prise de feder : la main dominante s'ouvre légèrement et le pouce dépasse la garde pour se positionner sur le bouclier. Dans cette position, la lame peut être tournée pour donner un coup complètement horizontal avec les deux tranchants (Zwerch-Hau). |
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Les épées en aluminium
Depuis quelque temps, on trouve de plus en plus d'armes de spectacle en aluminium sur le marché, surtout en France. Ce sont de très belles armes avec un son de lame exceptionnel. Leur principale caractéristique est leur poids nettement inférieur à un kilogramme pour les épées, qui pesaient entre 1300 et 1600 grammes à l'origine.
Cela se répercute surtout sur la vitesse des combats, qui s'accélèrent au maximum et deviennent ainsi totalement irréalistes.
Il faut bien comprendre qu'une arme plus légère entraîne un changement dans la maniabilité. Une épée de 800 grammes, qui en pesait 1400 à l'origine, entraîne un maniement différent et donc une autre manière de pratiquer l'escrime.
Si nous voulons rester proches de l'escrime historique, il est préférable d'utiliser des armes en acier. En revanche, si nous évoluons dans un monde fantastique, les armes en aluminium sont tout à fait appropriées.
Le maniement de l'épée
Comme nous l'avons déjà mentionné, la plupart des épées étaient des armes de taille, c'est-à-dire qu'elles étaient principalement utilisées pour frapper avec le tranchant. Le coup de taille est un mouvement circulaire. Pour obtenir un résultat efficace, une certaine distance de travail est nécessaire. Pour un effet maximal, la lame doit frapper la cible avec le dernier quart proche de la pointe et les bras doivent être tendus. Cela signifie que les mouvements autour de l'adversaire doivent également être circulaires.
Les livres de combat tardifs du système germanique mettent en évidence trois actions qu'ils appellent les trois « Wunder (blessants) » : Le coup, la coupe et l'estoc.
- Le coup : la façon de tenir l'épée décrite ci-dessus est particulièrement adaptée à l'exécution de coups de taille. Les coups de taille sont des coups dont l'exécution consiste à tourner l'épée de manière que le tranchant soit en direction de la cible.
Astuce : Pour les épées maniées à deux mains (bâtard, épée, etc.) et en particulier pour les combats scéniques, il est préférable d'écarter les mains sur la poignée afin d'augmenter le bras de levier et de mieux contrôler l'arme.
- La coupe : ce mouvement consiste à poser le tranchant de la lame sur le corps et à pousser ou à tirer pour couper l'adversaire.
Astuce : Lors d'un combat scénique, il faut veiller à ce que les irrégularités de la lame (échardes, bavures, etc.) ne blessent pas le partenaire. En cas d'action de coupe sur la peau du partenaire, il est conseillé de penser à sa protection, par exemple en plaçant une main gantée entre la lame et la peau afin d'éviter les blessures. Cela permet également un meilleur contrôle de l'arme.
- L’estoc : L'objectif de l'estoc est de frapper avec la pointe de l'arme. Pour plus de précision, l'index de la main directrice peut être placé au-dessus du quillon, ce qui permet à la main d'adopter une position plus naturelle pour le geste. Si l'on travaille avec des parades, ce doigt peut recevoir un coup.
Les coups de taille de base
Les attaques de taille se développent sur huit axes. Il y a deux diagonales descendantes, un axe horizontal, deux diagonales ascendantes et un axe vertical. Le coup vertical descendant est rarement utilisé, le coup vertical ascendant pratiquement jamais.
- Les trois coups descendants (deux diagonales, un coup vertical) sont appelés « brisés ».
- Les deux attaques horizontales sont le « couronné » et le « revers ». Les attaques passent toujours par-dessus de la tête du pratiquant.
- Les deux attaques sur la diagonale ascendante sont appelées "enlevés". On distingue les enlevés directs et les enlevés en revers.
Les cibles peuvent être placer partout sur le corps.

Le tranchant et le contre-tranchant, le plat et le faux plat.
Les épées à une ou deux mains ont deux tranchants identiques. Le côté faisant face à l'adversaire est appelé "long tranchant", "tranchant avant" ou "vrai tranchant", tandis que le côté opposé à l'adversaire est appelé "court tranchant", "contre-tranchant" ou "faux tranchant".
Certains coups peuvent être portés avec le côté plat de la lame. C'est un peu comme si vous donniez une gifle à quelqu'un. Le vrai plat est tourné vers l'extérieur, vers le dos de la main. Le faux plat est tourné vers l'intérieur, vers le pouce.
La plupart des coups sont portés avec le long tranchant, mais il y a aussi des coups comme "schiel", "zwerch", "glutz", "kron" ou "krump" qui sont portés avec le contre-tranchant.
Ces cinq coups sont principalement utilisés pour déflecter. "Zwerch", "Krump" et "Schiel" sont des " Meisterhäue (coups de maître) " que je décrirai dans la section correspondante.
- Glutzhau : La position de départ est le Fou (Alber). Si l'adversaire frappe par le haut contre l'ouverture gauche, on frappe par le bas avec la main tournée ou retournée contre sa lame entrante. Le contact des lames se fait sur le faux plat. Ensuite, en tournant le poignet dans un élan, on frappe avec le court tranchant par-dessus de la main vers la tête de l'adversaire.
- Kronhau (coups de la couronne): La position de départ est la charrue (Pflug). Si l'adversaire porte un coup supérieur, remonte avec la garde en travers et attrape son coup en l'air avec le bouclier ou le quillon. Dès qu'il y a contact avec la lame, pousse le pommeau vers le haut et frappe-le avec le faux tranchant derrière sa lame à la tête.
En résumé, avant le XIVe siècle, l'épée était principalement une épée de taille. À partir de la fin du 13e siècle, on peut distinguer trois types d'épées : l'épée à une main, l'épée à une main et demie (bâtarde) et la feder (épée plume), utilisée comme épée d'entraînement. L'épée à deux mains n'est apparue sur les champs de bataille que très tard, au XVIe siècle.
[1] Records of the Medieval Sword, E.Oakeshott, Boydell Press, Woodbridge 1991
Escrime scénique : Guide de combat médiéval ; Page 139 - https://librairie.bod.fr/escrime-scenique-michael-mueller-hewer-9782810621279
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