Être blessé ou mourir : Le jeu du comédien dans l’escrime scénique

Publié le 16.09.2025

Simuler une blessure ou une agonie est une tâche exigeante. Cela ne s’improvise pas. Le jeu du comédien s’appuie sur l’écoute de son propre corps, sur l’exploration de souvenirs physiques ou émotionnels. On va puiser dans sa mémoire : une entorse, une chute, une brûlure, une crampe – tout ce qui peut aider à incarner une douleur crédible.

Mais la mort, elle, reste abstraite. Personne n’en revient pour nous en parler, et la disparition d’un proche se vit de plus en plus souvent à distance, dans des hôpitaux, derrière des portes fermées, entre professionnels. L’expérience directe de la mort est rare, voire taboue.

Il ne nous reste donc que des représentations : le cinéma, la télévision, les séries. Mais ces médias eux-mêmes reposent sur des comédiens confrontés à la même énigme : comment meurt-on ? Que ressent-on ? Quelle durée donner à l’agonie ? Quelle forme à l’effondrement ?

Dès lors, mourir sur scène devient un acte de pure invention. C’est un terrain de liberté, un espace de création dramatique à part entière. Et il faut en profiter. Il ne s’agit pas simplement de « tomber », mais de donner une signification au moment où le corps cède, où la conscience se retire.

La mort d’un personnage peut être un sommet du récit. C’est un moment chargé d’émotion : pour celui qui meurt, qui réalise que tout s’arrête ; mais aussi pour celui qui frappe, et qui comprend qu’il est allé jusqu’au bout. Même un assassin endurci n’est jamais tout à fait indifférent. Ce basculement, cette prise de conscience, appartient au domaine du jeu, pas de la technique. C’est le moment du comédien, et non de l’escrimeur.

Il faut alors ralentir. Laisser respirer la scène. Donner le temps au public de comprendre ce qui est en train de se jouer, d’y croire – et, peut-être, d’en être ému.